Autoconsommation collective en Ubaye

Données énergie – Vallée de l’Ubaye (2024, source ENEDIS)

Commune Conso (MWh) Prod (MWh) Nb PDL Conso Nb PDL Prod
Barcelonnette19629630411733
Faucon-de-Barcelonnette160329632012
Enchastrayes9055321231417
Saint-Pons5673164661633
La Condamine-Châtelard1546116753001
Les Thuiles173765841817
Uvernet-Fours14903373378114
Saint-Paul-sur-Ubaye1565189563817
Val d’Oronaye84912521882
Jausiers692026763138361
Meyronnes140702410
Le Lauzet-Ubaye173086503544
Ubaye-Serre-Ponçon*4139163072842
Total vallée666177122014413201

* Hors barrage de Serre-Ponçon, qui produit plus de 1 million de MWh par an, soit l'equivalent de 16 vallées comme l'Ubaye.

Comprendre l’autonomie électrique de la vallée

On constate en regardant le tableau que la production et la consommation sont très inégales selon les communes. Cette situation s’explique principalement par la production hydraulique, concentrée sur certains sites précis.

Cependant, si l’on regarde l’ensemble de la vallée sur une année complète, la production totale est légèrement supérieure à la consommation. On peut donc dire que la vallée de l’Ubaye est globalement légèrement excédentaire, ce qui peut s’apparenter à une forme d’autonomie électrique annuelle.

Mais cette vision annuelle masque une réalité importante : la vraie autonomie ne se mesure pas seulement sur l’année, mais à chaque instant. Si l’on comparait les courbes de production et de consommation heure par heure sur une année, on verrait qu’elles ne coïncident pas.

À certains moments, la vallée est en sous-production par rapport à sa consommation, et doit donc importer de l’électricité. À d’autres moments, elle est en surproduction et exporte son énergie vers le reste du réseau.

Autrement dit, même si la vallée est excédentaire sur l’année, elle n’est pas autonome à chaque instant. Cela signifie qu’il existe un potentiel important d’autoconsommation locale qui n’est pas encore pleinement utilisé.

Pourquoi développer l’autoconsommation collective ?

Améliorer l’autoconsommation collective (ACC) permettrait de mieux utiliser l’électricité déjà produite sur le territoire. Même sans changer immédiatement les installations existantes, une meilleure organisation permet déjà de créer de la valeur.

1. Tout le monde peut y gagner
Il suffit d’avoir au moins un contrat d’électricité pour un logement, un bâtiment ou une activité en Ubaye pour pouvoir participer. Dans une opération d’autoconsommation collective, une partie de l’électricité produite localement peut être consommée localement, ce qui profite à la fois aux producteurs et aux consommateurs.

2. Mieux consommer au bon moment augmente les bénéfices
Plus on arrive à faire coïncider la consommation avec la production locale au fil de la journée, plus le bénéfice collectif est important. Cela signifie qu’en améliorant notre taux d’autoconsommation jour après jour, on augmente les gains pour le territoire.

Un enjeu économique majeur pour la vallée

Ce qu’il faut bien comprendre, c’est qu’à l’échelle de la vallée, nous sommes dans une situation paradoxale : nous achetons l’électricité très cher, et nous vendons celle que nous produisons très peu cher.

En prenant des ordres de grandeur observés localement (environ 8 centimes par kWh pour la vente et 29 centimes par kWh pour l’achat), et en les appliquant à l’ensemble de la vallée, cela représente un manque à gagner de plus de 14 millions d’euros par an.

Cet argent ne reste pas sur le territoire. Il part vers des acteurs extérieurs qui, pour la plupart, n’ont ni production ni consommation locale en Ubaye.

Un principe simple : consommer ce que l’on produit

L’autoconsommation collective repose sur un principe très simple, aussi ancien que le commerce : consommer en priorité ce que l’on produit localement.

Pour prendre une image concrète : si vous cultivez des tomates dans votre jardin, vous les consommez chez vous. Vous ne les vendez pas à bas prix pour aller ensuite acheter plus cher celles du voisin.

Avec l’électricité, ce principe est encore plus naturel, car :

1. L’électricité est homogène
Un kWh est identique partout. Ici, nous parlons en plus d’une électricité largement décarbonée (hydraulique, photovoltaïque).

2. Le réseau distribue déjà de manière optimale
Physiquement, l’électricité suit toujours le chemin le plus court. Les électrons vont naturellement vers les consommateurs les plus proches, sans pilotage particulier.

La seule contrainte est globale : à chaque instant, la production doit être égale à la consommation à l’échelle du réseau, sinon le système se déséquilibre.

Un système devenu inutilement complexe

Aujourd’hui, le système électrique est devenu complexe, avec de nombreux intermédiaires. Certains acteurs ne produisent pas d’électricité et n’en consomment pas directement, mais interviennent dans les échanges et prennent une part de la valeur.

Ce sont les fournisseurs d’électricité. Leur rôle existe, mais le système actuel fait que vous êtes obligé de passer par eux, que vous soyez producteur ou consommateur.

Résultat : une partie importante de la valeur créée localement quitte le territoire, alors même que la production et la consommation ont lieu ici.

Cette complexité se traduit aussi par une tarification difficile à comprendre, et parfois injuste. En théorie, une règle simple devrait s’appliquer :

Deux personnes qui consomment la même quantité d’électricité, au même endroit et au même moment, devraient payer le même prix.

Et de la même manière, deux producteurs dans les mêmes conditions devraient être rémunérés de façon équivalente.

Une solution locale : l’autoconsommation collective

Face à ces limites, le cadre européen permet aujourd’hui de développer des solutions locales comme l’autoconsommation collective.

Le principe est de définir un périmètre géographique (par exemple la vallée de l’Ubaye) et d’organiser localement une partie des échanges d’électricité, de manière plus directe et plus équitable.

L’objectif est simple : faire en sorte que, sur une partie de la consommation, la production locale soit consommée localement, avec des règles de répartition transparentes.

Un double bénéfice

1. Un bénéfice économique local
Plus on consomme localement ce que l’on produit, plus la valeur reste dans la vallée.

2. Un bénéfice pour le réseau électrique
En améliorant l’autoconsommation, on réduit les déséquilibres entre production et consommation. Cela facilite le travail du gestionnaire de réseau pour maintenir l’équilibre global.

En résumé : en mieux organisant notre consommation locale, nous gagnons collectivement, et nous contribuons en même temps à la stabilité du système électrique.

Comment fonctionne concrètement l’ACC proposée en Ubaye ?

L’autoconsommation collective (ACC) telle que nous la proposons repose sur un principe simple et juste : un kWh échangé entre un producteur et un consommateur membres de l’ACC est au même prix, à l’achat comme à la vente.

Autrement dit, il n’y a pas d’intermédiaire qui prend une marge sur ces échanges. On se rapproche d’un échange direct, au sein d’un collectif local.

Concrètement, le coût de l’électricité en ACC est aujourd’hui de l’ordre d’une dizaine de centimes par kWh, à la fois pour le producteur et pour le consommateur.

Une organisation collective et transparente

Pour rendre cela possible, il est nécessaire de passer par une structure collective. En Ubaye, ce rôle est assuré par l’association Soleil & Montagne, qui agit comme personne morale organisatrice (PMO).

Cette structure garantit :

L’objectif est clair : l’argent reste dans le système et revient sous forme d’électricité, et non sous forme de marges ou de dépenses annexes.

Les éventuels arbitrages, par exemple sur les clés de répartition de l’énergie, sont décidés collectivement en assemblée générale.

Un fonctionnement simple à comprendre

Le fonctionnement peut être comparé à un réservoir que l’on remplit à l’avance.

Vous contribuez volontairement pour alimenter votre "réserve ACC". Cette réserve est ensuite utilisée pour couvrir une partie de votre consommation, avec une électricité locale moins chère.

Si votre réserve est suffisante, vous bénéficiez pleinement de l’ACC. Si elle est vide, rien ne change : votre fournisseur d’électricité habituel prend le relais.

Deux points essentiels à retenir

1. Aucun changement sur le réseau physique
L’ACC n’implique aucun nouveau câble, aucun travaux. Tout se fait en utilisant le réseau existant.

2. Aucun risque pour votre alimentation
Si vous ne contribuez pas ou si votre réserve est vide, vous continuez à être alimenté normalement par votre fournisseur.

Une perspective à moyen terme

Si, dans les années à venir, l’ACC en Ubaye se développe fortement, il sera possible d’atteindre une situation où une grande partie de la consommation est couverte localement à chaque instant.

Dans ce cas, la facture auprès du fournisseur national pourrait se limiter essentiellement à l’abonnement réseau, tandis que l’essentiel de l’électricité consommée serait échangé localement à un prix plus avantageux.

À qui s’adresse l’ACC en Ubaye ?

L’autoconsommation collective s’adresse à tous les acteurs du territoire :

Pour participer, il suffit d’adhérer à l’association Soleil & Montagne (pour un coût de 20 € par an et par point de livraison – PDL).

La cotisation n’est pas reconduite si l’économie réalisée est inférieure. Autrement dit : vous ne perdez jamais d’argent, même avec une petite consommation.

ACC classique vs ACC optimisée

Il existe aujourd’hui deux approches de l’autoconsommation collective.

ACC classique (manuelle)
Elle implique une gestion administrative lourde, avec des gains limités. Elle ne permet pas d’avoir une vision en temps réel, ni d’adapter finement la consommation ou la production.

Cette limite devient importante avec le développement des batteries (notamment véhicules électriques), qui nécessitent une gestion plus dynamique de l’énergie.

ACC optimisée (proposée en Ubaye)
L’objectif est d’utiliser au mieux les données pour améliorer en continu le taux d’autoconsommation.

Le rôle de la microBoxEnergie

Pour atteindre ce niveau d’optimisation, chaque point de livraison peut être équipé d’un boîtier appelé microBoxEnergie, installé sur le tableau électrique.

Ce boîtier agit comme un Linky amélioré : il collecte des données locales pour permettre une répartition plus juste et plus précise entre production et consommation à l’échelle de la vallée.

Les flux financiers sont alors calculés au plus près des flux réels d’énergie, ce qui garantit une meilleure équité entre les participants.

La protection des données personnelles est assurée et conforme au RGPD.

Ces boîtiers sont développés et maintenus par une entreprise locale, Charmettes Labs, qui assure également le suivi technique du système.

L’objectif est simple : maximiser les gains pour les consommateurs et les producteurs, en s’appuyant sur une solution locale, fiable et évolutive.